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le Midole lundi 22 Décembre 2008

Interview de monsieur Guy Novès

Que reste t il de cette année 2008 ?
Le sentiment d’avoir réussi une année exceptionnelle 2008 fut une année de grande progression avec les résultats à la clé : brennus, finale de H cup perdue seulement de 3 points. Surtout, malgré une intersaison extrêmement courte, nous avons réussi après2 défaites contre Montpellier et Clermont à revenir sur les bases de la saison dernière pour être dans les 4 premiers du top 14 et pour le moment, invaincu en coupe d’Europe. Apres une saison exceptionnelle, nous sommes toujours dans la même dynamique : volonté de gagner, d’excellence. J’avais peur d’une décompression mais nous l’avons évitée.

Toulouse aurait-il repris le pouvoir comme au milieu des années 90 ?
Vous le jugez ainsi parce que nous sommes champions de France. Mais figurer au premier plan, est ce être champion ou alors, depuis 16 ans au moins, demi finaliste de top 14tout en jouant 5 finales de H cup ? Je sais que lorsque tu dégringoles très bas, c’est très difficile de se remobiliser pour revenir. Alors la philosophie du club réside surtout dans cette recherche de la régularité. Cela étant, cette année 2008 ne me fait pas grimper aux arbres. Je suis content de ce titre, il récompense le club, tous les gens qui y travaillent. Mais ce qui me plaît, c’est surtout la manière dont ce fut acquis. J’ai apprécié la gestion de la saison, nos matchs la montée en puissance. Il y a eu une campagne européenne fantastique avec une finale perdue de très peu. Je signerai chaque année pour un tel parcours. Ensuite nous avons réussi une magnifique ½ finale contre le stade français puis la finale. De l’intérieur, nous avons vraiment eu l’impression de maitriser. Mais je sais que nous aurions pu trébucher à tout moment.

Ce brennus était il une libération ?
Pas du tout. Je sais que l’absence de brennus depuis 2001 était mise en exergue, effaçant ainsi d’un coup de baguette magique nos 3 finales de H cup de 2003 à 2005… Mais il est difficile de répondre présent sur les 2 compétitions sans parler des contraintes liées à l’EDF. Nous avons disputés 3 finales de H cup pour en gagner 2. Mais quand il fallait revenir au championnat, nous étions épuisés. Vraiment, ce que je retiens, c’est que Toulouse est en ½ finale sans discontinuer depuis 94. Alors être champion d’Europe et perdre une finale à Paris contre le stade français ne me traumatise pas. Nos joueurs ne sont pas des robots. Franchement, j’étais bien plus heureux de disputer 3 finales de H cup pour 2 titres plutôt que de gagner un brennus dans cette période. Il n’y a pas de commune mesure. Vous n’avez qu’à demander aux présidents et entraineurs qui cherchent à devenir champions d’Europe ce qu’ils auraient donné … Remporter la H cup, c’est être sur le toit de l’Europe. A mes yeux, c’est plus valorisant qu’un brennus.

Comment expliquer les difficultés des clubs français ?

Déjà, il n’est pas du tout valorisant d’avoir 6 clubs français en H cup. En foot, il n’y a pas 7 clubs français qualifiés en LDC. Des 20 clubs de l’élite du foot, seulement 3 disputent la LDC. Après, on se plaint, qu’il y a trop de matchs. Si, les 4 demi finalistes étaient qualifiés, ce serait plus significatif d’un haut niveau. On aurait de véritable chance d’aller au bout. Et surtout de créer une coupe d’Europe(CDE) plus attractive comme ce fut le cas pour le top 14.

Faut-il changer la formule ?
Pour l’avenir du rugby, cela me parait évident. Il y a trop d’équipes. Il faut moins de clubs anglais, moins de clubs français. Et que le Challenge Européen soit plus valorisé qu’aujourd’hui. Comment voulez vous que les clubs la jouent ? Ils doivent disputer cette CDE mais surtout rester dans l’élite française. Il est logique qu’ils fassent des choix. Ils ne vont pas jouer une CDE qui ne représente pas grand-chose, sauf pour le vainqueur. Comme le ST à travers le président, je suis pour une fonte de cette CDE avec moins d’équipes et moins de matchs. Je fais le même constat pour le top 14. Et le plus rapide possible. Les joueurs pourront alors avoir des plages de repos, de récupération, de travail. Et le rugby évoluera. La qualité du jeu augmentera. Il y aura moins de pression et cela rejaillira sur l’EDF.

Il faudra donc aller vers une élite à 12 clubs ?

Bien sûr. Si l’on veut qu’il y ait moins de matchs, il faudra moins d’équipes.

Que pensez-vous de l’hypothèse d’une suppression des phases finales du top 14 ?

Je ne sais pas s’il faut supprimer les phases finales, pour moi ce n’est pas un souci. Mais dans ce cas-là, il est impossible de disputer certains matchs sans les internationaux retenus en sélection. Suivre le modèle du foot ? OK. Seulement je ne vois pas Lyon joueur un titre sans ses joueurs. On en revient toujours aux mêmes choses. Il faut moins d’équipes pour qu’à chaque fois que l’on se déplace à Paris, Clermont, Biarritz, Bayonne ou Perpignan, nous puissions disposer de nos meilleurs joueurs. Mais je ne suis pas là pour donner une formule. Mon boulot c’est de m’occuper de Toulouse sous les ordres de Mr Bouscatel. Or cela fait des années que je galère, que l’on blesse des joueurs, que l’on n’arrive pas à faire les matchs que nous voulons…

Il y a eu quand même toujours des blessés au rugby…

Bien sûr. Mais un accident comme celui de Vincent Clerc, qui se blesse tout seul en s’écroulant sur le terrain, je n’en avais jamais vu. Je me dis qu’on est au bout du bout…Cela m’interpelle. Personne n’y fait attention parce que nous avons fait rentrer Donguy, Heymans…Mais nous avons dû nous organiser en conséquence. On dit que le problème du rugby français, c’est qu’il y a trop d’étrangers et que nos jeunes ne peuvent pas jouer. A Toulouse, nous ne recrutions pas trop de joueurs étrangers. Il y avait eu Lee Stensness, Isitolo Maka. Et, puis nous nous sommes rendus compte, sous l’ère Laporte, que les joueurs étaient de plus en plus sollicités en EDF : plages d’entrainement, départ plus précoce des joueurs en sélection, matchs supplémentaires avec l’Italie dans le Tournoi. Puis sont arrivés les doublons…On forme des joueurs et quand on en a besoin, on ne les a plus… Il fallait donc ouvrir la porte aux étrangers.

S’il y a moins de matchs, cela ne risque-t-il pas d’inciter les responsables tricolores à organiser de plus rassemblements ?

Ce n’est pas du tout dans cet esprit que je le vois. Cela doit permettre aux clubs bien sturcturés de faire travailler leurs joueurs ? mon problème est simple : quand un joueur quitte le ST pour rejoindre l’EDF, je veux qu’il le fasse dans les meilleures conditions. D’abord parce qu’il a déjà donné en club et qu’il mérite d’être le plus fort possible en EDF pour la servir. Mon boulot n’est pas de former des joueurs pour le XV de France mais si un joueur de Toulouse est choisi, il faut qu’il soit le mieux préparé possible. Aujourd’hui, on essaie de les protéger. Je n’ai jamais eu besoin que Provale me dise de mettre mes joueurs au repos. Je l’ai toujours fait, sans le claironner sur les toits. Et je me suis toujours organisé pour avoir un effectif conséquent. Le stade est plein, il faut que les spectateurs puissent voir du spectacle et pour cela, il faut du potentiel. Mais le deal, ce n’est pas réduire le nombre de matchs pour les clubs et que les autres tirent sur la corde… Il faut à tout prix avoir du temps de récupération et de travail. Cette saison, il y avait un mois de entre la finale et la reprise de la saison… Un mois pour se reposer et effectuer la préparation physique ? Qui est capable de se régénérer en 8 jours ? Or on le demande aux sportifs de haut niveau et on souhaite après qu’ils soient très forts tout le temps. Réduire le calendrier sera la prochaine nécessité du rugby moderne.

Mais l’IRB a modifié la règle 9 qui va renforcer la mise à disposition des joueurs internationaux ?
Ce dossier est celui de Mr Bouscatel qui est à la Ligue. Mais les clubs qui sont les employeurs des joueurs vont tenter de les conserver. Je ne sais pas s’il y a une entreprise en France qui serait d’accord pour libérer régulièrement ses meilleurs cadres dans des périodes où elle doir réaliser son même chiffre d’affaire. C’est débile.

Même pour le bien de l’équipe nationale ?

Je suis d’accord à partir du moment où il n’y pas de compétition. Imaginons un club qui, privé de ses meilleurs joueurs, descendre en pro Dé2. Où reviendrait le joueur ? Favoriser la sélection pour copier l’hémisphère Sud, cela me fait rigoler. On a toujours perdu ou gagné des matchs contre eux. Aujourd’hui, c’est pareil. Quand ils gagnent, leur système est le meilleur. Quand ils perdent, cela valorise le nôtre. On a longtemps entendu les responsables de l’EDF dire : « on va changer le système et on va gagner » On a perdu le Mondial en Australie en 2003. Là, c’était : « on a compris, on va se préparer, on va gagner la suivante. En plus elle est en France. « Nous avons perdu. Et maintenant j’entends : « On a compris, on va gagner en Nouvelle Zélande. » on nous fait prendre des vessies pour des lanternes. Si tu mets les joueurs 8 mois ensemble tu as certes plus de chances mais aucune certitude. Il faut arrêter d’avoir des certitudes en compétition.

N’avoir jamais entrainé l’EDF, cela pourrait-il être un regret au terme de votre carrière ?

Non. A partir du moment où les gens qui sont extrêmement compétents, à la tête de la Fédé, ne pensent pas à moi, c’est qu’ils considèrent que je ne suis pas apte. Tout poste se mérite : sûrement ne l’ai-je pas mérité. Mon ambition n’a jamais été d’entraîner la France. Je veux être le plus performant possible là où je suis. Or je suis au ST.

Le staff actuel, avec Philippe Rougé-Thomas et Yannick Bru, est-il plus efficace de votre carrière au ST ?
Le staff ce n’est pas que Y B et P R T. c’est aussi les préparateurs physiques, tout le staff médical, les entraîneurs des espoirs, tous ceux qui accompagnent le club. Mais pour répondre à la question, c’est le staff qui correspond le plus à l’ère actuelle. Avec Serge Laïrle, nous avons été champions de France 5 fois et champions d’Europe. C’était le staff le plus performant du moment … P R T a su se remettre en question, prendre le train du rugby professionnel. Il lui manquait l’expérience, la maturité, la connaissance du milieu professionnel en tant qu’entraîneur. Ce n’est pas parce qu’on a été un grand joueur, qu’on devient immédiatement performant comme entraîneur. La pédagogie s’apprend. Il connaît le rugby jusqu’au bout des doigts mais il a dû apprendre des choses : comment on aborde une stratégie, un entraînement, la remise en question, les discours.

Y B avait-il l’expérience inné ?

On a proposé ce poste à Y B parce qu’il fallait associer à P R T quelqu’un de différent. Cette association me paraissait intéressante. Et puis Y B a été capitaine de l’EDF, du ST il sait gérer un groupe. Je savais aussi que c’est quelqu’un d’inquiet, au sens positif : jamais satisfait, toujours à se remettre en question. Je pensais que Y B pouvait nous apporter encore plus dans ce rugby moderne.

Vous dites être un éternel insatisfait …
(il coupe)
Ce n’est pas cela. Je suis parfois satisfait de ce qu’on a fait mais surtout, je suis inquiet du lendemain.

Que ressentez-vous quand voyez cette équipe jouer comme elle l’a fait face au SF ou à Montauban ?

Bizarrement je ne ressens pas un plaisir personnel. Mais je sens tellement de joie dans la tête de mes joueurs, dans celles de P R T et Y B et de mon staff que ça me suffit.je me dis que l’équipe est sur la bonne voie. Mon problème c’est que je suis heureux momentanément et inquiet sur ce qui va se passer demain. D’expérience, je sais que plus on est performant, plus on est en danger. Alors quand on nous dit que nous sommes performants, je suis très vigilant sur ce qui va se passer. Je remets en question les joueurs. Je suis plus dur avec mon staff et mon équipe. Quand on est en difficulté, j’essaie au contraire de ressortir ce qui est positif. Bien sûr que je suis heureux quand on est champions de France. Je sais que c’est tellement dur d’y arriver. Mais je suis professionnel et ce qui me permet de pouvoir dormir c’est d’avoir le sentiment de n’avoir rien oublié. Or il y a tellement de détails à régler pour la bonne marche d’une équipe que j’essaie de penser à tout.

Si vous estimez que plus une équipe est performante, plus elle est en danger, peut-on juger Toulouse en grand danger ?
J’essaie de faire comprendre que Toulouse n’est pas très performant. Je le pense vraiment. La preuve, face à Newport, qui ne fait pas partie des grandes équipes européennes, nous aurions dû revenir avec le BO. Cela n’a pas été le cas. C’est sans doute un doute un problème de riches, mais sur ce match de Newport, il y a 1000 choses à dire. Gagner à Paris par exemple, cela reste un bon test, mais je sais très bien que ce jour-là, la réussite nous a souri dans certains secteurs et pas au SF. Je n’ai pas dit, après ce match, que nous allions être champions. En tant qu’entraîneur je ne me gargarise pas d’avoir gagné à Paris. Je sais très bien que Paris peut venir s’imposer à Toulouse. Nos résultats tiennent à peu. Mais le travail fait que l’on se donne le maximum de chances d’y arriver.

13 victoires d’affilées toutes compétitions confondues, c’est un record absolu. Cela symbolise tout de même votre force.
Il faut regarder comment, contre qui. Nous avons réussi ce match à Paris, mais contre Bath en H cup, si D S n’avait pas marqué la pénalité à la dernière minute, nous nous serions inclinés… Ce n’est pas un hasard. Mais le sport ne se résume pas aux séries de victoires. Le problème du rugby français c’est que tu es jugé sur un match. Or on sait très bien qu’avec des équipes aussi proches les unes des autres, on peut perdre. C’est la permanence de ces résultats qui reflète le travail d’ensemble du club, notre richesse. Regardez comment Clermont, malgré 2 saisons exceptionnelles, dans des circonstances particulières –reprise tardive, blessures – se retrouve en difficulté en H cup et peine à coller aux 4 premières places en championnat. Regardez comment a basculé. Nous, nous sommes toujours là. Chuter arrivera par la force des choses. Mais cette régularité est la véritable évaluation du système du ST. On ne va jamais tout maîtriser. Mais ce qui me plaît c’est que le ST monte toujours en puissance quand arrivent les phases finales. Il gagne, il perd mais il est là.

N’est-ce pas la justesse de votre recrutement, depuis 2 saisons, qui explique aussi vos résultats par rapport à Clermont ou Biarritz ?
Je peux analyser avec vous le recrutement depuis que J-M Rancoule est chargé de cette cellule. Ce qui ressort, c’est que notre recrutement a toujours été ciblé, cohérent. Il correspond au travail de plusieurs personnes : J-M Rancoule, le président Bouscatel et moi-même. Regardez les noms. Il n’y a pas beaucoup d’erreurs.

En 2005-2006, il n’avait pas la même dimension ?

Peut-être nous étions-nous endormis. Même si je note que nous avions quand même recruté Nyanga et Kunavore, centre titulaire en finale du top 14. Le contexte était particulier : l’équipe sortait d’un titre de champion d’Europe, les bases étaient solides. Il s’agissait aussi de récompenser ce groupe. Il y a eu des échecs. McCullen n’était pas le joueur que l’on attendait. Mais derrière, nous avons fait de gros efforts. Cela dit, autre chose me frappe. Quels joueurs partent ? Les principaux acteurs du club veulent rester. Il n’y a pas plus belle victoire que la victoire humaine.

Quelle est la recrue majeure des dernières saisons ?
Le joueur le plus professionnel que j’ai rencontré c’est Albacete. Dusautoir est un homme fantastique. L’arrivée de Kelleher a aussi été importante dans l’évolution du club même si avec J-B Ellisalde, il s’agissait déjà de très haut niveau. Kelleher est un vrai All black. Il a fait venir à Toulouse l’entraîneur de la mêlée des Néo-Zélandais, Mike Cron. Il ne tombe jamais dans l’autosatisfaction. Mais ce qui me plaît le plus, je le répète, c’est voir Ellisalde, Poux, Albacete et d’autres prolonger.

Où en est la formation à Toulouse ?
Quand Castaignède, Michalak, Poitrenaud, Jeanjean sont arrivés à 18 ans, l’écart n’était pas aussi important avec les pros. L’année dernière, l’intersaison a été longue et les espoirs ont pu travailler avec le groupe. Mais le fossé est grand ? Je ne comprends pas la polémique sur le fait de faire jouer les jeunes ou pas. Si valoriser un club c’est mettre le maximum de jeunes, je suis capable de le faire. J’ai zéro leçon à recevoir. Toulouse est le plus grand club d’Europe, ce n’est pas un échec de voir partir Mermoz. Si l’USAP avait les centres que nous possédons, jouerait-il aussi souvent ? Mais si vous me demandez où en est la formation, je vous réponds que les espoirs ont leur part dans le Brennus car ils ont permis aux professionnels de récupérer. Ils ont droit à une part de gloire. C’est là que réside l’identité de notre club.

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