Source: Jean-Marie
LLense
,
01men.,
le 16/05/2008 à 15h45
Guy
Novès, on
l'aime ou on le déteste
Personnage
incontournable du Landerneau ovale
au caractère bien trempé, le manager en chef toulousain divise.
Complexe, exigeant envers lui-même et les autres, chantre de la remise
en question permanente, le personnage usant parfois de la langue de
bois est pour le moins singulier.
L'entraîneur stadiste représente depuis
quinze ans la prise de risque et l'excellence du club. En un mot, le
jeu de Toulouse. Pourtant, il n'a pas eu la carrière internationale
qu'il méritait et n'a pas été choisi comme sélectionneur tricolore. Le
Gitan - surnommé ainsi par certains détracteurs à cause de son
teint mat - n'a pourtant cessé de s'améliorer tout au long de
sa carrière.
Autour de lui,se trouve un noyau de gens de
confiance qu'il apprécie, sur lesquels s'appuyer lorsque tout va bien,
mais surtout, quand le bateau tangue. Toujours accroupi en bord de
touche, au plus près du jeu, il ne peut se passer de la proximité du
terrain, déléguant la vision en tribunes à l'un de ses adjoints. Le
regard fuyant, toujours en éveil et sachant vous recadrer dès qu'il le
faut, l'homme est d'une extrême politesse, toujours disponible.
Le technicien ne goûte pourtant guère que
l'on s'immisce dans l'intimité de ses relations, professionnelles ou
privées. Le succès de sa réussite, il le garde pour lui. Chaîne en or
sur la poitrine et veste en cuir qu'il quitte rarement, ses mains
virevoltantes sont celles d'un chef d'orchestre ou d'un professeur.
« Un
chasseur »
Pour le comprendre, il faut écouter quelques
proches. Jean-Claude Skrela a été son dernier entraîneur avant d'être
le premier à le placer à ses côtés sur le banc. Du joueur, il se
souvient d'un autodidacte « rapide et disposant de
qualités athlétiques déjà importantes à l'époque, cumulées à beaucoup
de travail ». Depuis, « Le fait
qu'il soit l'entraîneur français le plus titré en fait l'un des tout
meilleurs. Surtout, en plus d'avoir sans cesse un tempérament de joueur
et de gagneur, il a un caractère bien trempé et beaucoup
d'ambitions. »
Actuel co-entraîneur toulousain avec Yannick
Bru, Philippe Rougé-Thomas a été un ancien coéquipier avant d'être
entraîné par Guy Novès. « Il est comme un grand
frère. Je suis un privilégié de me trouver à ses côtés. Nous avons une
confiance mutuelle. Quand ça ne va pas, il sait me recadrer. Honnête,
droit et exigeant, quant au jeu pratiqué et aux résultats, c'est un
grand compétiteur qui ne lâche rien. » Pas de coups
de sang ni de colères non maîtrisées, le manager préfère tenter de
dompter l'imprévu. « C'est un chasseur dans l'âme,
explique Rougé-Thomas. Il sait préparer ses pièges et y faire
tomber ses adversaires. »
Au club depuis 1997, Fabien Pelous, l'un des
capitaines entrouvre le « GN illustré » :
« Quand
je pense à lui, je pense à la soif de victoire. Toute sa vie semble
intimement liée à cette envie de vaincre et de sans cesse
s'améliorer. »
En onze saisons de collaboration, le respect
n'a jamais cédé la place à la complicité entre les deux hommes. Novès
sait mettre des barrières avec ses joueurs. Ainsi, quand Byron Kelleher
l'embrasse à la française, lors de la signature de son contrat, son
futur coach lui précise que c'est la première et la dernière fois. Ce
respect et cette distance traduisent tout l'amour qu'il porte à ses
joueurs, qu'il ne critique en aucune circonstance mais défend et
protège dès qu'il le peut, ramenant la couverture à lui.
L'intox
et le courroux
Comme le précise Fabien Pelous, « Il
sait lire dans les hommes comme dans un livre. Sa capacité à cerner les
caractères afin de tirer le meilleur de l'individu n'a pas
d'équivalent. Tous les joueurs qui sont passés par le Stade ont du
respect pour cet homme. » A 54 ans passés,
il parle posément et possède le don de capter l'attention et de toucher
juste à chaque fois. « Depuis onze ans que je suis
dans ce club, sourit Pelous, je sais ce qu'il va
dire ou sur quel point il va insister, mais pourtant, il fait encore
mouche. »
L'intox et le courroux sont d'autres
particularités. Quand bien des clubs souhaiteraient avoir ses soucis,
il n'est pas rare de l'entendre parler de « peur de
perdre et d'être éliminé » ou du fait que « Toulouse
n'est pas favori ». C'est sa façon de renverser une
certaine pression tout en mobilisant davantage ses ouailles. Le gourou
rouge et noir est aussi toujours prêt à s'emporter sur la protection
des joueurs, le calendrier infernal, les décisions internationales,
l'inflation des salaires...
La famille occupe également une place des
plus importantes dans son coeur. Les origines ibériques ?
Marié et père de trois enfants (Vincent, 29 ans ;
Valérie, 25 ans ; Julie, 22 ans), il est
« quelqu'un
d'entier qui avance en permanence », indique son
épouse Françoise. Pour Valérie, « C'est un papa
très protecteur et présent, à l'écoute, ouvert et conciliant. Il est
bien différent de l'image un peu froide qu'il peut donner de
l'extérieur. Il faut dire que sa famille proche, c'est ce qu'il a de
plus cher. Sa priorité. Papa est toujours là pour nous, prêt à tout
lâcher. Si parfois il exprimer ses sentiments sans parler, on le
ressent et on parle pour lui [rires]. »
Françoise précise que ses amis côté rugby
« tiennent
sur les doigts d'une main », tandis que le
« clan Novès » a trouvé un « équilibre
entre vie professionnelle et vie privée. » Petite
amie de Vincent Clerc, Valérie apprécie la façon dont « papa
sait parfaitement considérer Vincent comme mon fiancé dans la sphère
privée et en tant que joueur dès qu'il enfile les crampons ».
Enfin, Philippe Rougé-Thomas ne sait pas s'il
fait « un peu partie de sa famille mais
[il sait] que Guy fait totalement partie de la
[sienne]. » Pas chambreur mais plutôt pince-sans-rire, le
coach stadiste « choisit ses moments, dans
l'intimité des siens, confie Rougé-Thomas. Surtout
que son poste exige sérieux et exemplarité vis-à-vis du staff et de
l'effectif. Il montre sans cesse l'exemple. »
Leucate,
la bouffée d'oxygène
Côté passions, la pêche au thon et le vélo.
L'entretien physique et l'hygiène de vie complètent une vie
professionnelle et personnelle bien remplie. Cet ancien international
junior d'athlétisme venu tard au rugby a toujours poursuivi le travail
musculaire quand certains de ses collègues prenaient de l'embonpoint.
Guy Novès aime se ressourcer à Leucate (dans
l'Aude), le lieu des vacances de l'enfance devenu celui de toute la
famille, où le vent violent ne saurait le désarçonner. Pas plus que la
récente collision avec une voiture dont il a été victime, à la veille
du quart de finale de H Cup. Aujourd'hui, dès qu'il sort son
vélo de compétition dans les couloirs d'Ernest-Wallon, les blagues vont
bon train. Toutes les blessures renforcent sa détermination.
Adoré ou détesté, il est un terrain sur
lequel Guy Novès fait l'unanimité, celui du palmarès. L'entraîneur
cumule sept titres de champion de France, deux Coupes de France et
trois titres de champion d'Europe. De quoi forcer l'admiration et le
respect. Ou d'attiser la jalousie. Le successeur de Claude Labatut, de
Robert Bru, de Jean-Claude Skrela et de Pierre Villepreux avait pris sa
retraite de joueur pour embrasser sans transition la carrière
d'entraîneur, en 1988-1989. Cette première expérience avait été
couronnée d'un titre de champion de France. Comme quoi, l'actuel mentor
des Rouge et Noir était prédestiné pour réussir comme meneur d'hommes.
|